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mercredi, 19 octobre 2022

Une place Samuel-Paty a été inaugurée le 14 octobre à Delambre-Montaigne

Monsieur le Recteur de l’Académie d’Amiens,

Mesdames, Messieurs,

Chères Amiénoises, Chers Amiénois,

 

S. Paty.jpegC’est avec une vive émotion que je m’adresse aujourd’hui à vous tous car, en inaugurant cette esplanade, nous rendons hommage à Samuel Paty, professeur tombé pour les valeurs de notre République parce qu’il enseignait l’esprit critique et la liberté d’expression.

Sans la liberté d’enseigner, il n’y aurait pas de démocratie.

Celui qui lui a retiré la vie le 16 octobre 2020, ce fanatique,  s’en est pris à un professeur, mais aussi à ce qui nous rend humain, autrement dit à la culture. Son acte résonne comme un avertissement : la culture de la haine prospère partout où règne la haine de la culture.

Ce que visait son assassin terroriste, c’est très précisément ce qui est sacré pour notre démocratie. En 1848, à la tribune de l’Assemblée, Victor Hugo rappelait avec force :

- que « le principe de liberté de la presse n’est pas moins essentiel et sacré que le principe du suffrage universel »,

- que « la liberté de la presse à côté du suffrage universel, c’est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous »,

- qu’ « attenter à l’une, c’est attenter à l’autre ».

 

Aujourd’hui, nous devons nous montrer dignes de cette France qui s’est levée, comme elle s’était levée le 7 janvier 2015 après l’attentat contre Charlie Hebdo.

 

Cet élan de solidarité nous engage à défendre la liberté d’expression et de création, la liberté d’enseignement, mais aussi la liberté et le pluralisme de la presse, l’indépendance des médias et la liberté des journalistes et des enseignants qui sont le cœur battant de notre démocratie.

 

Je veux rendre hommage à tous ceux qui exercent chaque jour une liberté d’enseignement dont nous avons pu voir combien elle est fragile et parfois risquée. Vous êtes les garants de cette liberté d’enseigner et d’avoir accès à l’instruction qui est gravée dans notre déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Les gardiens de celle que Chateaubriand appelait la « première de nos libertés » et dont Voltaire rappelait qu’elle était « la base de toutes les autres ».

Se montrer à la hauteur de ce mouvement, cela signifie résister à la peur, et faire vivre la promesse républicaine.

Deux ans après l'assassinat de Samuel Paty, nous honorons sa mémoire dans un contexte de regain d'inquiétude sur le respect de la laïcité, avec une augmentation des incidents liés au port de signes religieux à l'école en septembre dernier. Le ministère de l'Éducation nationale a en effet publié jeudi matin les chiffres des atteintes à la laïcité pour septembre, qui montrent une hausse des signalements pour le port de tenues religieuses.

L’hebdomadaire Le Point rapporte que le ministère a ainsi recensé 313 signalements dans les écoles, les collèges et les lycées en septembre et 904 au deuxième trimestre 2022, pour lequel les chiffres n'avaient pas encore été publiés. C'est une hausse par rapport à la moyenne du premier trimestre 2022, où le ministère avait recensé 627 incidents. Les incidents pour « port de signes et de tenues » religieux représentent plus de la moitié du total en septembre (54 %), contre 41 % au deuxième trimestre 2022 et 22 % au premier trimestre.

Ces chiffres sont éloquents et si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est aussi pour rappeler que la culture est un front de résistance. C’est un front de résistance qui nous permet de lutter contre tout ce qui éloigne les Français les uns des autres, et de redonner à chacun des raisons d’espérer et un horizon d‘avenir commun.

Mais il nous faut résister aussi à d’autres tentations. A celle du repli sur soi, à tous les prêcheurs de haine.

Nous sommes les dépositaires de quelque chose qui nous dépasse, la culture de notre pays. Grâce à elle, nous dialoguons avec nos pères et préparons le monde pour les générations futures. C’est pourquoi aucun enfant de France ne doit demeurer à l’écart de cette culture. Car c’est elle qui assure la cohésion de notre communauté nationale. « Que l’idée de la société s’éteigne dans les esprits individuels, que les croyances, les aspirations de la collectivité cessent d’être senties et partagées, et la société mourra » écrivait Emile Durkheim. C’est par la culture que cette idée de société demeure bien vivante en nous.

Nous devons aussi faire vivre et redonner tout son sens à la promesse républicaine : il est de notre responsabilité que la République touche tous nos concitoyens où qu’ils se trouvent sur notre territoire. Il est de notre responsabilité que chacun puisse se reconnaître dans ses valeurs. Nous devons ouvrir plus grand encore les portes de la République à chacun de ses enfants pour que plus aucun ne se sente oublié ou ne s’égare.

A l’heure où le film Simone, un voyage dans le siècle est projeté sur nos écrans de cinéma, n’oublions pas que le fondamentalisme, le racisme et la haine de l’autre mènent au chaos. Simone Veil aura vécu cette ignominie jusque dans sa chair. Et c’est parce qu’un professeur a enseigné nos valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité que l’on a entrevu à nouveau la préfiguration de ce chaos et l’horreur ressurgir dans nos vies et nos sociétés modernes.

 

Citoyenne, citoyen, lorsque tu passeras sur cette esplanade Samuel-Paty, sois vigilant et souviens-toi !

 

 

Brigitte Fouré

Maire d’Amiens

Vice-présidente d’Amiens Métropole

 

Représentation :

Jean-Christophe Loric

Adjoint au Maire d’Amiens

Conseiller de l’agglomération d’Amiens Métropole

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